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Fenêtre 8

J’ai eu Doug Rader !

Une pièce, un paquet de cartes de baseball et une joie d’enfance qui a encore quelque chose à nous apprendre.

Une carte de baseball sépia de Doug Rader, joueur des Astros de Houston

Quand j’étais petit, à Houston, je recevais de l’argent de poche chaque semaine.

Une pièce de cinq cents.

Avant de me plaindre, sachez qu’elle valait beaucoup plus qu’aujourd’hui. Même si, soyons honnêtes, cela restait cinq cents.

Mais chaque samedi matin, cette pièce me rendait riche, parce qu’elle permettait d’acheter un paquet de cartes de baseball.

Et les cartes de baseball m’obsédaient.

Les Astros de Houston m’obsédaient aussi. Chaque paquet de cartes contenait donc la possibilité d’une merveille.

Un joueur des Astros.

Le samedi matin arrivait, et ma mère déposait cette pièce brillante dans ma main. Puis j’enfourchais mon vélo. Un de ces vélos aux immenses guidons de chopper qui donnaient à tous les garçons de sept ans des années 1970 l’air de partir rejoindre un gang de motards.

Je pédalais jusqu’au Stop-N-Go, j’entrais, je posais ma pièce sur le comptoir et j’achetais un paquet.

C’était tout. Une pièce. Un paquet. Une chance.

Dans le paquet, il y avait une petite plaque rectangulaire de chewing-gum. Enfin, appeler cela du chewing-gum, c’est généreux. La consistance ressemblait à celle d’une plaque de plâtre. On la mettait dans sa bouche et on mâchait avec la patience obstinée d’une vache qui rumine, jusqu’à ce que suffisamment de salive pénètre la chose pour en faire quelque chose qui ressemble vaguement à un chewing-gum.

C’était magnifique.

Je peux encore en sentir le goût.

Du sucre.

Des arômes artificiels.

Du carton.

La gloire à l’état pur.

Je m’asseyais sur le trottoir devant le Stop-N-Go, j’ouvrais le paquet, je mettais le chewing-gum dans ma bouche et je commençais à regarder les cartes.

Une par une. Lentement. On ne précipitait pas une chose pareille.

Chaque carte contenait de l’espoir.

Peut-être celle-ci.

Non.

Peut-être la suivante.

Non.

S’il te plaît.

S’il te plaît.

S’il te plaît.

Un Astro.

Pendant ce qui m’a semblé des mois, impossible d’en obtenir un. J’avais des Yankees. Des Cubs. Des Cardinals.

J’avais probablement d’excellents joueurs de baseball, très aimés de leurs mères.

Ça m’était égal.

Je voulais un Astro.

Samedi après samedi, je pédalais jusqu’au Stop-N-Go sur mon vélo à guidon de chopper.

Une pièce. Un paquet. Du chewing-gum. Le trottoir. L’espoir. La déception.

Puis, un samedi, j’ai ouvert le paquet.

Et il était là.

Doug Rader.

Joueur de troisième base.

Astros de Houston.

J’avais réussi.

J’AI EU DOUG RADER.

Je ne me souviens pas de ce que j’ai fait des autres cartes, ni même si j’ai fini le chewing-gum. Mais je me souviens d’avoir enfourché mon vélo et pédalé vers la maison aussi vite que mes petites jambes le permettaient. Une nouvelle d’une telle importance devait se répandre partout. J’ai donc commencé à frapper aux portes des voisins.

Ils ouvraient, et j’étais là.

« J’AI EU DOUG RADER ! »

Puis une autre maison. Toc, toc, toc.

« J’AI EU DOUG RADER ! »

Maison suivante.

« J’AI EU DOUG RADER ! »

Je n’ai aucune idée de ce qu’en pensaient nos voisins. Peut-être suivaient-ils l’affaire de près. Peut-être maman les tenait-elle au courant.

« Toujours pas d’Astro. On espère que samedi prochain sera le bon. »

Ou peut-être ouvraient-ils leur porte, regardaient-ils ce petit garçon en sueur agrippé à un morceau de carton, en se demandant si ses parents savaient où il était.

Mais ça m’était égal.

J’avais Doug Rader.

Et tout le monde devait le savoir.

Plus de cinquante ans après, je ne me souviens presque de rien d’autre de cette journée. Je ne connais pas l’année de la carte. Je ne me rappelle pas la photo. Je ne sais pas qui d’autre se trouvait dans le paquet. Je ne sais même pas ce que la carte est devenue.

Mais je me souviens de la joie.

C’est elle qui est restée.

Et dernièrement, je me suis demandé où était passé ce petit garçon.

Pas le collectionneur de cartes de baseball. Lui, je sais ce qu’il est devenu. Il a grandi. Il a découvert les filles. Puis les factures. Puis les emprunts immobiliers. Puis les enfants. Puis le travail. Puis le deuil. Puis toutes les choses compliquées que portent les adultes.

Je pense au garçon qu’un morceau de carton à cinq cents pouvait rendre fou de bonheur. Au garçon dont la joie était si immense qu’elle ne pouvait rester privée.

Il fallait qu’il le dise à quelqu’un. N’importe qui. Tout le monde.

J’AI EU DOUG RADER !

Nous passons une part étonnante de notre vie d’adulte à essayer de fabriquer cette sensation. Nous voyageons dans un bel endroit. Achetons quelque chose de cher. Obtenons la promotion. Emménageons dans la maison. Allons au restaurant. Changeons de téléphone.

Atteignons enfin le chiffre qui, avons-nous décidé, nous mettra en sécurité.

Et parfois, ça fonctionne.

Pendant un temps.

Mais je ne suis pas certain qu’un achat m’ait jamais rendu plus heureux que cette carte trouvée au hasard dans un paquet à cinq cents.

Peut-être que la joie dépend moins de la taille du cadeau que de notre capacité à le recevoir.

Les enfants semblent le comprendre naturellement. Une flaque peut être une aventure. Un carton, un vaisseau spatial. Une glace peut sauver un après-midi. Une pièce brillante peut vous rendre riche.

Et Doug Rader peut faire de vous un évangéliste.

C’est peut-être pour cela que Jésus montrait si souvent les enfants en exemple. Pas parce qu’ils sont innocents. Quiconque en a élevé un sait à quoi s’en tenir. Les enfants peuvent être de petits malfaiteurs.

Mais ils n’ont pas encore complètement appris notre habitude d’adultes : exiger de la vie qu’elle soit spectaculaire avant de la trouver bonne.

Ils savent encore s’émerveiller. Ils savent encore recevoir. Ils savent encore courir de maison en maison pour annoncer une bonne nouvelle.

Mais au fil du temps, beaucoup d’entre nous deviennent plus difficiles à impressionner, n’est-ce pas ? Il faut davantage d’argent, de réussite, de confort ou de reconnaissance.

Davantage de tout.

Et même quand nous l’obtenons, nous frappons rarement à la porte du voisin.

Peut-être que vieillir dans la foi implique d’apprendre certaines choses. Mais peut-être faut-il aussi en désapprendre quelques-unes.

Peut-être que la sagesse ne consiste pas seulement à devenir plus raffiné.

Peut-être consiste-t-elle aussi à retrouver la capacité de s’asseoir sur un trottoir avec un mauvais chewing-gum et de reconnaître qu’une merveille vient de se produire.

Je ne sais pas ce qu’est devenue ma carte de Doug Rader. J’aimerais le savoir. Je la ferais probablement encadrer. Mais l’avoir perdue n’est peut-être pas si grave, parce que ce n’est pas vraiment la carte qui a survécu.

C’est la joie. Un petit garçon un samedi matin. Une pièce brillante. Un guidon de chopper. Un paquet de cartes de baseball. Un morceau de chewing-gum en carton. Et enfin…

Après tous ces samedis…

Un Astro.

Doug Rader.

C’est peut-être une assez belle façon de vivre.

Continuez à chercher.

Continuez à espérer.

Et de temps à autre, quand quelque chose de bon se présente…

Même quelque chose de tout petit…

Ne vous contentez pas de le mettre dans votre poche.

Courez le raconter à quelqu’un.